Comment enseigner le Systema ?

March 16, 2010 by Vladimir Vasiliev  

Question : Le Systema se développe rapidement. De nombreuses personnes pratiquent le Systema et le partage avec plaisir. Il serait utile d’avoir quelques conseils et quelques règles de conduite, aussi bien pour les instructeurs certifiés que pour ceux qui partagent le Systema avec leurs amis, leurs collègues ou les membres de leurs familles.

Réponse : C’est effectivement un sujet qui demande réflexion. Le développement du Systema nous permet d’en avoir une meilleure compréhension et cela rend nos entrainements et nos discussions plus intéressants. La première chose que je voudrais souligner c’est que lorsque nous présentons ou expliquons quelque chose à une personne nous devons savoir ce que nous faisons. Nous sommes responsables de ce que nous donnons à cette personne.

Premièrement « Ne pas blesser » est notre règle fondamentale. Nous devons comprendre ce que nous enseignons et devons nous assurer que cela ne blesse pas le partenaire, physiquement ou psychologiquement. Dans le Systema les choses sont relativement simples : tout ce qui détruit est mauvais, tout ce qui renforce et améliore est correct. Par exemple si nous nous exerçons avec une respiration correcte nous améliorons la santé de notre cœur, notre circulation sanguine, notre système nerveux, nous renforçons notre psyché afin de devenir calme et efficace. Dans n’importe quel sport un entrainement qui ne prête aucune attention à la respiration va petit à petit endommager et détruire tous les aspects de votre santé physique et vous rendra instable, fragile et faible psychologiquement.

Cette attention doit également être porté à la posture du corps, à la fluidité des mouvements et à leur continuité ainsi qu’à notre état d’esprit aussi bien pendant l’entraînement que le combat. Ces principes généraux sont constamment en relation les uns avec les autres. Gardez à l’esprit le fait que le Systema n’est pas un processus mécanique mais dynamique : on ne peut pas le découper en catégories ou en techniques à mémoriser. Le processus d’apprentissage n’est pas technique mais intuitif.

Pourrais-tu nous donner un exemple des choses à faire pour obtenir un bon cours ?

Avant toute chose l’instructeur doit-être conscient de la condition physique des participants. Au cours de l’entraînement le rythme cardiaque, la pression artérielle et la température augmentent. Quelqu’un est peut-être arrivé en cours fatigué à cause du manque de sommeil ou parce qu’il a bu la veille. Si nous lui imposons un travail physique vigoureux nous pourrions le tendre inutilement ou même le blesser. Le rythme cardiaque idéal pour travailler est de 60 battements par minute. Si nous arrivons à maintenir ce rythme et à le retrouver à la fin de chaque exercice, la fatigue se manifestera d’autant plus tard. Dés que nous augmentons l’un de ces paramètres [rythme cardiaque, pression artérielle ou température n.d.t] nous devons le ramener à la normale. La clé qui vous permet de contrôler l’ensemble de ces paramètres est une respiration correcte. La respiration et le mouvement doivent aller de pair. Comme vous le savez la pression artérielle n’est pas la même de chaque côté du corps et varie selon les zones, entre le haut et le bas. Le travail sur la respiration harmonise la pression artérielle dans tout le corps.

On peut tout de suite voir si un cours n’a pas été mené correctement : les participants sont psychologiquement agités. S’ils ont la sensation d’être prêt à se battre en sortant du cours il est évident que l’entrainement et la respiration n’ont pas été fait correctement. Les exercices lents associés à la respiration sont extrêmement bénéfiques pour les tendons et le développement d’un corps solide et élastique. Ils permettent d’éliminer l’acide lactique. Ils permettent également un travail unique sur les fascias [une chaîne ininterrompue qui enveloppe chaque muscle, chaque cellule musculaire, et relient les muscles les uns aux autres. n.d.t ] ce qui favorise à la fois l’endurance et la capacité à fournir des efforts explosifs. En plus de cela le système nerveux se renforce et s’équilibre car il n’est pas soumis au stress. Le travail sur la respiration élimine le stress dés qu’il apparaît.

Je le répète : nous devons saisir les implications de tout ce que nous faisons. Je vois trop de gens arriver à mes cours qui viennent d’autres arts martiaux ou d’autres sports et qui ne se sont pas blessés pendant un combat ou un accident mais juste en s’entrainant dans une salle. J’en vois beaucoup qui sont psychologiquement tendus et qui ne vivent pourtant pas sur un champ de bataille : juste à cause du stress de tout les jours, entrainement inclus. Les raisons en sont simples : nous n’analysons pas et ne prêtons pas attention à ce que nous faisons et pourquoi. S’il vous plait soyez plus attentif et plus conscient de ce que vous faites. Si vous suivez des cours regardez votre professeur. Très souvent l’enseignant n’est pas meilleur que ses étudiants, il aussi tendu qu’eux et tout aussi inefficace dans ses mouvements. Dans ce cas que peut-il bien apprendre à ses élèves ?

Que peut faire un étudiant qui trouve que son professeur présente ces problèmes ?

Nous devons réaliser que nous ne venons pas nous entraîner auprès d’une personne, nous venons étudier le Systema. Personne n’est parfait et nous devons être indépendant. Le Systema est aussi connu sous le nom de « Connais-toi toi-même », il est si riche, si varié et si profond que les opportunités d’apprendre sont grandes juste en travaillant sur soi. Nous avons besoin de partenaires d’entraînement et il est toujours bon d’avoir un professeur et du matériel de référence mais au bout du compte cela dépend de nous. Les personnes avec qui nous nous entraînons et les DVDs que nous regardons sont , au fond, des moyens de nous comprendre. Le savoir obtenu au travers d’un travail sérieux sur nous-mêmes est concret et gratifiant : on ne peut nous l’enlever.

Vladimir, je sais que par le passé tu as dit que lorsque les gens enseignent ils cherchent à obtenir des résultat trop vite et ont une mauvaise approche sur des choses aussi basique que les frappes et le déplacement. Peut-tu nous parler de ça et des erreurs les plus fréquentes ?

Quand nous nous entraînons nous devons d’abord construire des fondations et devinez ce qu’elles doivent inclure ? la marche normale… Cela me chagrine profondément que tant de gens, en dépit de leur expérience ne savent tout simplement pas marcher, 90% ne sont pas capables de marcher en arrière. La tension créée une charge excessive sur les articulations des jambes et du dos et nuit aux mouvements notamment en combat. Marcher en arrière est essentiel pour réagir aux coups, aux attaques au couteau, pour se déplacer dans une foule et beaucoup d’autres situation. S’il vous plait faites attention à vos déplacements aussi bien en avant qu’en arrière. Combinez plusieurs types de marche avec différentes manières de respirer. Vous verrez rapidement que certaines combinaisons sont plus efficaces que d’autres.

Une autre erreur courante est liée à l’étude des frappes. Beaucoup d’instructeurs passent beaucoup de temps à parler des frappes et à en donner mais négligent l’étude de la réception des coups, comme s’ils n’étaient jamais frappé. Il est pratiquement impossible de se retrouver dans une véritable confrontation et de ne pas être touché au moins une fois. De plus comment un élève peut-il apprendre à frapper si ses partenaires n’ont pas été entrainés à recevoir des coups ? Être frappé est la première chose à étudier et doit être approchée de façon graduelle en augmentant l’impact petit à petit. Cela implique la capacité à voir la tension chez votre partenaire et surtout chez vous.

Un dernier point sur le fait de se presser pour obtenir des résultats : souvenez-vous que le but de l’entrainement n’est pas d’apprendre des mouvements rapides et apparemment complexes mais d’apprendre à contrôler votre propre irritation, votre peur, votre colère et à ne pas vous apitoyer sur votre sort.

Pourriez-vous nous parler de la place des émotions dans l’entraînement ?

Les émotions drainent notre énergie en nous rendant tendus et ne nous permettent pas d’apprécier une situation de façon réaliste en modifiant notre perception.

Nous devons gardez l’œil sur nos émotions, si nous nous sentons fiers lorsqu’on nous complimente et que nous sommes agacés lorsqu’on nous critique cela signifie que nous sommes faibles et simples à manipuler. Il n’y a aucun problème à voir ces défauts car cela nous permet de travailler sur eux.

La beauté du Systema est que cet entraînement inclus tous les éléments à même de nous débarrasser de ces émotions indésirables. Le travail sur la respiration, les exercices lents et le bon état d’esprit pendant l’entraînement nous permettrons de sentir notre tension, de voir notre orgueil, notre égotisme, notre peur, notre impatience et notre agressivité. Une fois que ces émotions sont identifiées nous passons à leur élimination de notre entrainement puis de notre vie.

La découverte de soi-même et le self-control constituent un travail difficile mais réellement gratifiant. Lorsque nous faisons les choses bien nous obtenons un sentiment de joie à la fois conscient et inconscient. Toutes les personnes que je connais qui se sont entraînées sérieusement au Systema sont devenues plus heureuses et en meilleure santé.

Vladimir Vasiliev Born in Russia, Vladimir Vasiliev received intense combative training and profound Systema training from Mikhail Ryabko. Vladimir moved to Canada, and in 1993 founded the first school of Russian Martial Art outside Russia - Systema Headquarters.

He has since personally trained and certified well over 700 qualified Russian Martial Art Systema instructors and schools in over 40 countries worldwide, and has produced an Award-Winning instructional film collection. Vladimir holds a number of government medals and awards including the Russian "Order of Duty and Honor" and the "Order of Loyalty". He offers regular training at his school in Toronto, at international seminars and camps, and through the Systema Video Program.